Olinde Serre et Eugène Bouvant se sont mariés à La Garde en 1920. Ils vinrent de suite s'établir à Lyon où naquirent et s'établirent leurs huit enfants.

Tous deux étaient nés dans le Var proche de Toulon. Ils bénéficièrent du parrainage, voire de l'amitié, de personnalités établies dans le département et reconnues pour leurs écrits ou leurs œuvres artistiques : Jean Aicard, Alphonse Karr, Paulin Bertrand, Dieudonné Jacobs. Nous allons vous décrire ici de quelle façon.

Les grands écrivains natifs de Provence sont reconnus pour leur caractère régionaliste. Les plus récents tels que Marcel Pagnol ou Jean Giono ont été immensément popularisés par le cinéma et la télévision. Plus tôt, les Contes du Lundi d'Alphonse Daudet avaient été la lecture de tous les enfants. Un peu plus en ar arrière, et de façon plus "classique" deux écrivains ont fait connaître la culture provençale dans la France entière.

C'est bien sûr Frédéric Mistral, le poète de la Crau et du pays d'Arles, le félibre qui eut une action essentielle pour la reconnaissance de la langue provençale.

Plus à l'ouest, l'autre grande figure est celle de Jean Aicard qui dans le Var a chanté le pays de Maurin des Maures et de Gaspard de Besse.

Jean Aicard a été le Frédéric Mistral du Var

La famille de Jean Aicard résidait à Toulon depuis plusieurs générations. Le grand père n'a pu garder la maison familiale et l'établissement de bains qu'elle abritait en plein cœur de Toulon, entre rue Royale (maintenant rue Jean Jaurès) et la place d'Armes. La faillite l'exila en 1849 dans une petite maison à Sanary avec sa fille Magdeleine. Son fils Jean-François, père de Jean Aicard, devint en 1834 après des études de droit, collaborateur de revues à Paris et littérateur, on peut encore trouver certains écrits de lui.

Il revint à Toulon vers 1845 en laissant sa compagne Pauline et les deux enfants dont il était le père. Il s'établit dans la maison de son père rue de l'Ordonnance, où il vécut après 1846 avec Victoire qui habitait la maison voisine et qui laissa de son côté son mari Amédée André et ses enfants, dont ne survivrait qu'une fille, Jacqueline.

Jean Aicard naît donc là le 4 février 1848, reconnu par son père mais curieusement déclaré "de mère inconnue" celle-ci étant officiellement madame André!

Ils partent sur Paris l'année suivante après la vente forcée de la maison familiale. Situation précaire et de peu de durée puisque Jean-François meurt en 1853 de problèmes pulmonaires.

Retour à Toulon de la mère et du fils pour se réfugier chez le père de Victoire, Auguste Isnard, orfèvre en retraite, qui devient le tuteur officiel de Jean Aicard.

Celui-ci a donc eu une enfance quelque peu instable et surtout sans vrai foyer. Orphelin à 5 ans, il va résider quelques années avec sa mère chez les parents de celle-ci, dans leur appartement du centre de Toulon et leur campagne du quartier Sainte-Anne sur les pentes du Faron, le grand père tuteur ne manifestant semble-t-il que peu d'empathie pour son petit fils.

Jean Aicard et Alphonse de Lamartine

Cependant sa mère va rapidement trouver un autre compagnon, et lorsqu'elle se mit en ménage avec celui-ci, le jeune Jean fut envoyé en pension à Mâcon. Ce qui fut à la fois un déchirement et une chance pour son avenir littéraire. On sait en effet que cette ville était celle du grand poète Alphonse de Lamartine qui s'y était retiré après ses déboires politiques. Il avait été en relation littéraire avec le père défunt de Jean, et surtout connaissait bien (il était venu à Toulon chez lui) le nouveau compagnon de sa mère qui s'appelait Alexandre Mouttet, homme d'une grande culture ayant de nombreuses relations. Ainsi le grand poète du Lac devint correspondant du petit Jean, qui avait à peine huit ans, par l'intermédiaire d'une vieille dame organisatrice d'après midis littéraires. Cela tombait bien car celui-ci avait déjà un penchant et de belles dispositions pour la poésie.

La sœur et l'épouse de Lamartine étaient pleines de gentilles attentions pour le petit lycéen qu'elles recevaient pour goûter, celui-ci relatera plus tard avec émotion la première soirée littéraire chez le poète, au cours de laquelle celui-ci lut son dernier poème intitulé Lettre à Alphonse Karr, jardinier, ce qui permit au jeune Jean de connaître l'existence de cet écrivain. Il fut beaucoup question de celui-ci lors de cette soirée. C'était une personnalité très connue du monde littéraire et journalistique, aux talents aigus de polémiste, ami de Lamartine. Il venait de se retirer à Nice et s'adonnait à la floriculture de façon quasi professionnelle. Les relations qui s'ensuivirent des années plus tard entre les deux écrivains dans le Var furent à l'origine de la mise en relation d'Eugène et Olinde en donnant l'occasion au premier de rendre visite quotidiennement à la seconde.

Outre Lamartine, le jeune garçon communiqua avec nombre de poètes d'une certaine notoriété à qui il n'hésitait pas à envoyer ses poésies. Leur liste est grande, en une période où la poésie tenait une grande place; beaucoup, tels Sully Prudhomme, Rimbaud, Théodore de Banville restent encore très présents en librairies. Ceux-ci lui répondaient, à la fois parce que le contenu les concernait, mais aussi pour encourager l'auteur. La plupart furent ensuite de véritables amis de Jean Aicard lorsque celui-ci devenu adulte sera reconnu par ses pairs (et ses lecteurs) comme un poète majeur de l'époque.

Jean Aicard et Victor Hugo

Bien que d'une génération bien antérieure, celui qui fut certainement le plus illustre écrivain poète du 19ème siècle, Victor Hugo, reçut aussi dans sa retraite d'exil de Guernesey des poèmes dédiés par le tout jeune Jean Aicard. Il n'avait que 13 ans lorsqu'il lui écrivit, à cet âge certains de ses poèmes avaient été publiés dans des gazettes locales. Citons-le : "j'eus l'audace d'écrire en vers s.v.p. à Victor Hugo à Guernesey, je l'appelai demi-dieu … Il me répondit une lettre adorable. Elle se terminait ainsi "aimez passionnément la vérité, la justice et la liberté…et aimez-moi un peu".Jean écrivit par la suite un certain nombre de poèmes à la gloire de son "demi-dieu" qu'il nommait l'Exilé ou le Proscrit.

Lorsque l'empire prit fin après le désastre de 1870, Hugo revint à Paris dès le lendemain de la proclamation de la République, et Jean Aicard fut reçu à son domicile où ils purent poursuivre de vive voix leurs échanges littéraires philosophiques et politiques sur des positions qu'ils partageaient.

Entre temps, la scolarité de Jean Aicard s'était déroulée assez tristement ; après Mâcon, ce fut le collège de Nîmes, un peu plus proche de Toulon, mais les vacances hors été étaient passées sur place au pensionnat. Puis ce furent des études, après le baccalauréat, de capacité en droit à Aix-en-Provence puis à Paris, qui ne furent pas terminées. Il est vrai que la notoriété du jeune poète était telle qu'il pouvait envisager une carrière littéraire.


Henri Fantin-Latour "coin de table" musée d'Orsay. assis Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d'Hervilly. Debout Pierre Eléazar, Emile Blémond, Jean Aicard

Tout au long de ces années d'enfance et d'adolescence, il a cherché à établir un tissu de relations familiales dont il avait été écarté par les circonstances de sa venue au monde.

Ainsi vers 8 ans, il écrivait une lettre émouvante à son grand père paternel Jacques et sa tante Magdeleine, exilés dans leur bastide de Sainte-Trinide au bord de la mer, pour faire leur connaissance. Il devait par la suite entretenir avec eux jusqu'à leur décès des relations affectueuses.

Avec le compagnon de sa mère, Alexandre Mouttet, les relations étaient naturelles, car ils avaient les mêmes goûts littéraires et culturels, tous les poètes connus de cette époque leur étaient proches de cœur, et Jean se vit ouvrir auprès d'eux toutes portes utiles par ce presque beau-père très connu, qui devint son tuteur de fait, l'officiel était alors octogénaire.

Amédée André, l'époux en titre de Victoire que celle-ci avait délaissé pour Jean-François Aicard père de Jean, résidait à proximité au centre de Toulon dont il avait été receveur municipal. Sa seule fille ayant survécu, Jacqueline, est devenue rapidement veuve car son époux promis à une carrière d'officier de marine (on est à Toulon) fut atteint d'une pathologie mentale conséquence d'une maladie survenue en pleine mer, qui ne lui laissa aucune chance.

Le jeune adolescent Jean Aicard souhaita connaître cette demi sœur revenue habiter chez son père, qui avait 9 ans de plus que lui. En 1864 (il avait 16 ans) il prend l'initiative et lui écrit un poème qui commence ainsi "A ma sœur – Madame, une voix amie m'apprend … que la muse vous sourit" et se termine par "Poète, je suis ton frère : Je t'aime…et toi? – m'aimez-vous?"

Une relation quasi fusionnelle s'établit alors entre eux et dura jusqu'au décès de Jacqueline. Celle-ci l'introduisit auprès de son père qui, après quelque hésitation, "adopta" entièrement ce fils de la femme qui l'avait abandonné, lui. Au point que Jean vivait chez lui comme dans une nouvelle famille et que cet homme généreux finança les frais d'étudiant de Jean à Paris.

"C'étaient de braves gens". Cette expression laconique bien provençale qu'aimait citer Olinde prend ici tout son sens.

La maison de campagne Les Lauriers-Roses à La Garde dont avait hérité Jacqueline au décès de son jeune époux, devint ainsi le lieu où ils se retrouvaient chaque été. Elle deviendrait bien plus tard la résidence principale de Jean Aicard puis après son décès un lieu culte à sa mémoire et maintenant un musée officiel.

L'essentiel de la carrière de poète se déroula alors à Paris, entre 1870 et 1900. Son existence "mondaine" est bien connue par la renommée et les relations qu'il avait. Discrétion par contre sur sa vie sentimentale. Jacqueline, la demi-sœur aînée, était devenue aussi, peut-on dire, sa demi-mère, elle était souvent auprès de lui.

Il eut tardivement un fils avec une Anglaise dont l'identité n'est pas connue.

Pendant les premières années du nouveau siècle il vécut le plus souvent à La Garde où il s'établit définitivement jusqu'à sa mort en 1922.

Jean Aicard et la création de la famille Bouvant

il a été involontairement à l'origine de la liaison entre Eugène Bouvant et Olinde Serre, mais celle-ci avait été toute jeune au contact du "grand homme" de La Garde. Elle était en effet élève à l'école communale lorsque celui-ci fut élu à l'Académie Française au printemps 1909 (c'est son ami Pierre Loti qui "l'accueillit" plus tard sous la Coupole). La commune de La Garde souhaita donc le recevoir avec les honneurs lors de son retour aux Lauriers-Roses, les élèves les plus méritantes de l'école communale furent désignées pour constituer le comité d'accueil. Elles avaient été dans les environs cueillir des "fleurs" champêtres, en fait de la folle avoine et des épis de blé, et le bouquet fut remis au nouvel académicien par Olinde alors âgée d'un peu moins de 12 ans. Elle gardera toute son existence un souvenir ému du baiser qu'elle reçut alors.

Lorsque sa (demi) sœur bien aimée Jacqueline décéda en 1915, Jean Aicard devint le propriétaire unique des Lauriers-Roses.

Il est vrai qu'il se rendit acquéreur d'une maison sur le rocher de Solliès-Ville mais il n'y habita pas. Les habitants souhaitèrent néanmoins qu'il devienne le maire, peu de temps avant son décès. Après celui-ci sa maison fut érigée en musée en assemblant un mobilier et des objets assez hétéroclites, et en demandant à la ville d'Hyères de le prendre en charge, formule peu efficace; si la ruine de la maison a été évitée, elle est actuellement fermée.

C'est en 1915 que Jean Aicard fut victime d'un accident, renversé par un tramway dans Toulon, il garda de graves séquelles jusqu'à son décès en 1921.

A cette époque Olinde avait l'occasion de rencontrer Jacques, le fils reconnu par Jean Aicard, qui faisait avec elle le trajet de train entre Toulon et La Garde alors qu'elle suivait sa scolarité boulevard de Tessé.

Deux années plus tard, c'est lorsqu'Olinde était employée à la Poste de La Garde (bénévole, a-t-elle mentionné) que Jean Aicard eut une influence involontaire mais décisive sur sa destinée.

A la suite de son accident, Jean Aicard subissait un handicap permanent qui l'empêchait notamment de conduire une de ces voitures à essence qui venaient de faire leur apparition et devenait indispensables à l'homme d'action qu'il était. La guerre était enfin terminée, et le Préfet Maritime Gandouin a répondu favorablement à la demande de Jean Aicard de disposer d'un conducteur pour donner ses nombreuses conférences, parce qu'il disposait alors de nombreux matelots non rendus à la vie civile. Peu d'entre eux disposaient d'un permis de conduire un véhicule automobile à moteur. C'était le cas d'Eugène Bouvant, qui devait se morfondre dans la base de Hourtin près d'Arcachon, il avait une formation de mécanicien. Il est intéressant de savoir pourquoi et comment il fut désigné.

Intervention d'un autre écrivain célèbre, Alphonse Karr

Pour cela il faut revenir une trentaine d'années en arrière, lorsqu'un jeune homme, Jules Bouvant, s'est sorti d'un milieu familial qui devait être quelque peu pesant, dans le village de Saint-André de Corcy dans la Dombes proche de la Bresse, pour émigrer dans le Var. L'entreprise familiale était centrée sur un relais de diligences, Jules et ses frères étaient donc formés à la conduite des véhicules hippomobiles. Aussi Jules se plaça-t-il comme cocher en arrivant en Provence.

Le recensement de 1886 dans la commune de Seillans, située aux limites est du département du Var, le mentionne comme cocher chez Jeanne de Rostaing, veuve de 35 ans, qui avait quatre autres personnes à son service logées chez elle. En toute fin de cette même année il va épouser à l'autre extrémité du département Joséphine Robert qu'il a rencontrée à Brignoles où elle était domestique dans la famille d'un jeune avoué Paul Veyan avec quatre enfants.

Trente années plus tard Jules fut en mesure de conseiller à Jean Aicard de prendre son fils Eugène comme chauffeur, car il avait connu le poète, relate Olinde, lorsqu'il était au service d'Alphonse Karr à Saint-Raphaël où cependant le recensement de 1886 ne mentionne pas celui-ci. On ne peut donc dire où, quand et comment il avait travaillé pour cet écrivain qui lui a permis de connaître Jean Aicard. En tout état de cause c'est bien grâce à cette relation nouée 30 ans plus tôt par Jules qu'Eugène devint chauffeur de l'académicien.

Alphonse Karr était mort depuis 1890; il avait 40 ans de plus que Jean Aicard qui avait entendu parler de lui pour la première fois par Lamartine à Mâcon alors qu'il n'avait pas 10 ans. Comme la plupart des écrivains exilés, il était saint-simonien et opposé à l'Empire. Hugo est allé à Guernesey, Karr est venu sur la Côte d'Azur qui faisait partie depuis 1815 du royaume de Sardaigne.

Journaliste, écrivain, polémiste et homme d'esprit, Alphonse Karr maintenant quelque peu oublié, avait eu une brillante carrière et laissé de nombreux écrits, livres et revues politiques, satiriques et littéraires. Un trait anecdotique montre son humour. Dans un salon littéraire où il avait fait allusion aux amours de la maîtresse de maison, celle-ci furieuse lui porta un coup de couteau. Il n'en fut que blessé mais exposera ce couteau sur un mur de son appartement avec cette mention : donné par Louise Colet…dans le dos.

C'est donc par le concours de ces deux célébrités littéraires qu'Eugène fut affecté à la conduite automobile pour ses derniers mois de mobilisation dans la marine. Il faut dire que cela commençait à bien faire, pour parler vulgairement. Placé sous les drapeaux à 20 ans, en 1913, il dut y rester près de 6 ans, ayant passé les quatre années de la Grande Guerre en Méditerranée sur un cuirassé tout juste sorti des chantiers, le Paris. Et le préfet maritime a du penser qu'il pourrait bien rester quelques mois de plus, au point où il en était!

Parmi les tâches du chauffeur attitré de l'académicien qui avait de nombreuses relations épistolaires, il y avait les allées et venues à la poste de La Garde. Et là il y avait une charmante préposée, comme l'on dit maintenant, mais à l'époque on disait demoiselle de la Poste.

A vrai dire Eugène avait déjà été mis en relation avec Olinde à l'initiative de sa sœur Claire, mais la démarche de "l'entremetteuse" avait déplu à la jeune fille qui n'avait pas donné suite, malgré les gentilles cartes postales qui lui furent adressées par le matelot mécanicien du Paris lors d'escales à Corfou ou Tarente.

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Mais cette fois, sans intermédiaire, le courant passa, et plus d'une fois par jour certainement, car la voie postale était le seul média disponible pour les relations que le poète entretenait avec ses pairs et ses lecteurs de la France entière.

C'était l'époque où Jean Aicard écrivit Gaspard de Besse, son deuxième grand roman après Maurin des Maures une dizaine d'années auparavant. Il faut bien comprendre que sa célébrité avait été acquise par sa poésie et des pièces de théâtre. Il fut donc un romancier très tardif, mais c'est par ces deux histoires aussi célèbres que Tartarin de Tarascon qu'Aicard, qui va décéder peu après, en 1922, sera connu du grand public, plus que par sa poésie.

Jean Aicard et le couple d'artistes Paulin Bertrand

Jacqueline était morte en 1915 mais Jean Aicard avait auprès de lui, hébergé aux Lauriers-Roses, un couple d'artistes écrivains attachant. Paulin Bertrand d'origine toulonnaise, peintre et sculpteur modeleur, y avait installé son atelier. Son épouse née Julia Pillore à St-Valéry-en-Caux en Normandie, critique d'art et écrivain sous le nom de Léon de Saint-Valéry, prit le relais de Jacqueline pour soigner Jean Aicard à la santé défaillante. Femme de forte personnalité, elle survécut à son époux jusqu'en 1960 et légua les Lauriers à la ville de Toulon.

Certains des huit enfants d'Olinde et Eugène, tous nés à Lyon, se souviennent des visites faites lors de séjours dans la famille, de cette grande maison entourée d'un parc, les plus jeunes très impressionnés par cette dame à la grosse voix, et presque terrorisés en imaginant ce qui pourrait arriver si elle apprenait qu'ils avaient été dans le parc pour "chiper" des pignes de pins parasols.

La maison est devenue depuis 1961 l'intéressant musée Jean-Aicard Paulin-Bertrand et possède le label maison d'écrivain. Elle se situe au milieu du Plan sur la route de La Garde au Pradet, quartier du Petit-Pont. Le poète l'a souvent citée et magnifiée, mais déplorait (on est autour de 1865) la proximité de la nouvelle voie de chemin de fer avec son "train de feu, de fumée et de flamme" il s'étonnait alors que le rossignol soit encore sur son arbre après chaque passage. L'exploitation agricole qui faisait partie de la propriété est maintenant une pépinière sans charme mais la vue sur le Coudon fierté de La Garde est toujours présente. Propriété de la ville de Toulon, ce musée souffre du même mal que la maison de Solliès-Ville car il est géré par une autre commune que celle sur laquelle il se situe. Toutefois il semble maintenant suffisamment reconnu pour que sa pérennité soit assurée.

Le peintre Dieudonné Jacobs et la famille Bouvant

Les couloirs des locaux de la mairie de La Garde offrent au public une exposition permanente d'œuvres qu'elle possède de Paulin Bertrand mais aussi de l'autre grand peintre de la commune, le belge Dieudonné Jacobs, lui aussi séduit par les lumières du paysage varois. Il se trouve que ce dernier a été encore bien mieux connu de la famille Bouvant dont il était devenu un ami. Ainsi, à chacun de ses voyages aller ou retour dans son pays natal, les fagnes ardennaises proches de Liège, la maison familiale d'Olinde et Eugène à Lyon lui était une précieuse étape pour couper un aussi long trajet.

Les enfants d'Olinde et Eugène ont chacun conservé, plus que des souvenirs, une œuvre de ce peintre. L'un de ces tableaux (amandiers au bord de mer) que possédait Janine, est maintenant visible dans le "musée" de la mairie auquel il a été légué. On peut aussi y voir une petite toile de Paulin Bertrand qui représente la maison natale d'Olinde rue du jeu de Paume en montant à la Vieille Garde.

La découverte de ce petit tableau sur les murs d'un couloir de la mairie en 2012 a éclairé d'un jour nouveau le tissu de relations qui a certainement existé entre les deux artistes venus vivre à La Garde. Il n'y avait à priori aucun lien entre les habitants des Lauriers-Roses, Jean Aicard et Paulin Bertrand, et ce peintre wallon installé au nord du village, à la villa Josette.

Et pourtant, bien que de styles assez différents (quoique…) les deux peintres avaient en commun d'être avant tout des paysagistes, les rares exceptions étant des portraits. Et justement le sujet de ce petit tableau, une rue de la vieille ville, n'était aucunement celui des deux peintres, c'est le seul exemple dans leurs œuvres respectives d'une vue de rue pittoresque de village.

L'explication est évidente. On sait que Dieudonné Jacobs faisait halte au domicile lyonnais d'Olinde et Eugène Bouvant sur le trajet allers retours vers sa Wallonie natale, il se réjouissait de l'atmosphère qu'il y trouvait … et des mets lyonnais qui lui étaient préparés. Mais Olinde, qui a gardé toute son existence la nostalgie de son pays varois natal, souhaitait ardemment que le grand peintre ami immortalise sa maison natale de la rue du jeu de paume dans le quartier de la Vieille Garde. C'était une commande faite à l'artiste qui ne paraissait pas enchanter celui-ci car il n'avait aucun goût pour les représentations urbaines. Les échanges de courrier entre eux témoignent du souhait renouvelé d'Olinde et des difficultés mises en avant par le peintre pour lui donner satisfaction, les arguments avancés tournant essentiellement autour de son emploi du temps.

Il ne fait nul doute qu'il était en relation avec l'autre peintre de La Garde, Paulin Bertrand hébergé par Jean Aicard aux Lauriers Roses. Il lui a ainsi demandé de réaliser une étude préalable (ce qu'il s'imposait toujours de faire avant de peintre la toile en grandeur nature) de la commande d'Olinde. Il ne lui a pas été nécessaire de se rendre sur place, ce qu'il n'avait pas le temps ou le goût de faire lui-même.

Il a quelque peu poétisé le sujet en ajoutant un arbre qui n'a jamais existé. Une photo très récente de la rue du jeu de Paume atteste bien que c'est l'étude de Paulin Bertrand qui est la plus fidèle. Mais qu'importe, la "commande" a bien été exécutée et Olinde a pu disposer dans son appartement lyonnais d'une très belle œuvre représentant sa maison natale, que son dernier enfant, Hervé peut à son tour exposer chez lui.